Publication Obsolescence POP

OBSOLESCENCE POP

Le Lobe s’est toujours voulu attentif à l’évolution des pratiques artistiques émergentes axées sur le processus de création en résidence. Nouvellement, Le Lobe a étendu son mandat en créant sa première résidence de commissaire sur deux ans. Pour l’occasion, le Lobe a choisi l’artiste Stéfanie Requin Tremblay comme première commissaire avec sa proposition de recherche ayant pour titre Obsolescence pop. Stéfanie Requin Tremblay et un comité formé des membres du Lobe ont donc établi une programmation constituée de cinq artistes devant réaliser chacun une résidence solo étalée sur deux ans.

Il est essentiel pour notre commissaire de partager ses recherches basées autour du travail de ces cinq artistes côtoyant les mêmes intérêts artistiques. La manière la plus adéquate d’en garder une trace documentaire est de réaliser une publication de qualité, à partir de la vision théorique, graphique et esthétique de Stéfanie Requin Tremblay.

Au Lobe, le rôle du commissaire est d’étaler sa vision artistique parallèlement à la réalisation d’une recherche-création favorisant l’avancement de sa propre pratique. Il s’agit d’aller au-delà de la seule conception d’expositions regroupant des artistes, mais de modifier la structure institutionnelle et sa fonction pour faire émerger la dimension créative dans une perspective critique et expérientielle.

Plus qu’un catalogue d’exposition, cette publication profitera à la communauté artistique régionale, nationale et internationale. Elle servira également à former notre commissaire, tout en lui servant de carte de visite vers de nouvelles entrées dans le milieu culturel et inévitablement aura un impact sur de nouvelles pistes de réflexion et de création.

Étant donné qu’il s’agit d’une innovation pour un centre d’artistes au Québec d’offrir une résidence de commissariat sur deux ans, il est primordial d’avoir une publication qui permettra réellement de mettre en lumière les résultats de cette première expérience. Précisons que cette publication sera possible grâce à l’appui, au soutien et à la reconnaissance du Conseil des arts et lettres du Québec – Soutien aux projets – Publication (lancement prévu en septembre 2017).

Tel qu’énoncé plus haut, cinq artistes ont été sélectionnés suite à l’appel de dossier lancé le 1er octobre 2015. La réponse a été plus que favorable puisqu’une cinquantaine d’artistes de partout dans le monde se sont prêtés au jeu en envoyant par courriel un dossier pour le thème Obsolescence pop. Cette réponse positive démontre que Stéfanie touche une problématique rejoignant les artistes actuels.

Obsolescence pop est une poésie inspirée des cultures populaires occidentales modernes, cultures de masse et du numérique, dans lesquelles le web et les nouvelles technologies sont devenues invisibles, inapparentes, car digérés et assimilés par les artistes natifs des années 80, 90 et 2000.

À l’occasion de ce commissariat, Stéfanie mets en lumière des productions contemporaines qui l’interpellent au sens esthétique, en particulier par la manière qu’elles ont de questionner des esthétiques passées tout en s’inscrivant dans le paysage de l’art actuel.

Elle a voulu exposer le travail d’artistes dont les œuvres font écho à certaines problématiques d’une culture pop de plus en plus devancée et dépossédée par son temps: alors que Google dévalue l’image en la surmultipliant, alors que Facebook dilue l’identité dans cette même image, quels sont les enjeux de pratiques artistiques qui aujourd’hui interrogent l’imagerie populaire ? Comment les espaces numériques changent-ils la façon dont les artistes traitent l’art physique et la création artistique matérielle, analogique. Comment se positionnent les artistes à l’époque de l’Internet-roi ? Quelle poésie se dégage aujourd’hui de ces références populaires au passé, récupérées en loop, célébrées par un web obsolescent ?

Certains artistes de cette publication questionnent directement internet et ses rapport à la matérialité d’avant. Une artiste comme Mégane Voghell va jusqu’à jouer avec le langage et les codes esthétiques du web en les matérialisant dans l’espace physique de la salle d’exposition. D’autres se nichent dans la matérialité afin de peut-être mieux observer l’ère numérique, créer de nouvelles choses, de nouvelles oeuvres en redonnant de la valeur à l’image et à l’objet. Grégory C. Brunet peint ainsi des oeuvres inspirées des esthétiques de sa jeunesse mais qui, également, font échos à certaines esthétiques web actuelles. D’autres encore vont aller à l’encontre des technologies actuelles pour se consacrer à des obsessions esthétiques pop, faisant toujours référence à un passé émotif, une nostalgie personnelle, comme l’a fait Gabriel Fortin. Cette quête nostalgique de l’image dévaluée, absente de par son abondance sur le web, est présente dans le regard vidéographique de Myriam Jacob Allard et son amour identitaire de la culture country western. Tandis que le travail de Sophie Latouche est principalement axé sur la réappropriation d’images web à travers l’ironie, l’humour et un romantisme contrefait.

Internet n’a pas détruit l’image, mais a plutôt transformé notre rapport à celle-ci. Alors que reste-t-il de nos amours au temps du 2.0 ? Une nostalgie en téléchargement illimité ou une douce obsession ?

 

Publication OBSOLESCENCE POP.