Frances Adair Mckenzie

Les pas perdus

RÉSIDENCE 30 avril au 24 mai 2018
EXPOSITION 25 mai au 15 juin 2018
VERNISSAGE 25 mai 2018, 17h
+ LANCEMENT du fanzine Trop de réalité

our lady of mandrake
our lady the bayou
our lady of subways
our lady of blind cats
our lady of albino alligators
our lady of desperadoes
our 300 pound lady who sits on stoops
in a house-dress in the summer night
our lady of tenements

– Litany (for Kathy Acker), Diane di Prima

 

Mot du commissaire

Que l’art soit affaire de connaissances ou de contacts, comme on s’y scandale facilement, a tout pour me plaire quand j’y pense. C’est signe, hourra (ou premièrement), qu’il est encore possible de s’en faire une somme de relations basées sur un partage de valeurs, de vies avant le reste. C’est signe, hourra (ou deuxièmement), que ça ne se passera pas sans prendre connaissance de l’autre, de l’artiste, comme on ne prendrait pas connaissance de l’autre, là, de l’industrie. On serait surtout tenté.e.s de mettre cette dernière dans l’autre équipe, là, pour l’humilier encore dans un match de hockey spectaculaire où, en plus, nous n’aurions jamais le gros bout du bâton. C’est signe, hourra (ou enfin), qu’on peut y développer un instinct pour l’amitié artistique. Elle fait du commissaire une sorte d’hôte se basant sur l’intuition, l’émotion et la projection, bref un peu sur l’imaginaire pour introduire des gens entre eux. La salle des pas perdus serait peut-être alors sa maison, où la maison de qui le veut bien, où l’art se pense en équipe et ne se réussit pas sans un peu de niaisage, de jeu et d’attardements essentiels. L’art est alors affaire d’inconnu et d’inconnus qui se rejoignent dans des nécessités personnelles communes.

C’est une grande boucle pour parler de ma joie à faire moi-même connaissance avec Frances Adair Mckenzie, qui me rapproche de la patiente et minutieuse fabrication en atelier, qui prend le temps de lire à mesure qu’elle fait et qu’elle regarde, qui s’attarde aux mots et aux bons, qui est une source de trouvailles qu’elle ne garde (évidemment) pas que pour elle. Sa présence familière donne envie de faire aussi, et ce n’est qu’après coup qu’un visiteur pourra la ressentir à travers objets, animations et interventions. Et il ne pourrait y avoir pour lui.elle de meilleur endroit pour une première (ou une prochaine) rencontre.

 

Description de l’exposition

Dans une alcôve juxtaposant la galerie est présentée la vidéo de 4:10 minutes FRY GUY; A Table Play in Three Parts sur un grand téléviseur. La vidéo, dont la narration est en anglais, présente des sous-titres en français.
L’élément immédiatement visible de l’exposition est un muret en coin couleur lilas pâle d’environ quatre pieds de hauteur par une quinzaine de pieds de long au fond de la galerie. Celui-ci suit l’orientation des murs du fond, bien qu’un peu en biais par rapport à eux. Ses coins supérieurs sont tronqués dans un angle d’environ 45 degrés. Rappelant vaguement une ruine, ce muret est percé de deux ouvertures au sol qui, comme des fenêtres à demi enterrées, contiennent des vitraux dont les motifs forment des suites de mots. Certains de ceux-ci sont tronqués sur la longueur, comme s’ils se poursuivaient à travers le plancher. On peut y lire : « Our Lady of Mandrake« , « Our Lady the Bayou« , « Our Lady of Blind Cats » et « Our Lady of Subways« . Le verso et le recto des vitraux présentent des finitions différentes (étain devant, cuivre derrière).
On voit distinctement au-dessus du muret le dos d’une veste en cuir noir accrochée au mur du fond. Elle présente une décoration de roses (tiges, épines et fleurs) en argile en trois dimensions.
Sur la plus courte partie du muret en coin, on retrouve une gomme à effacer craquelée et pétrifiée, tandis que sur la surface arrière du muret est accroché le moulage peint d’un pouce, sur lequel se tient une très petite Vénus en argile.
Deux autres doigts avec un vernis à ongles gris se trouvent ailleurs dans la galerie, sur le plancher en dessous des fenêtres.
Devant la partie courte du muret se tient une petite sculpture en plâtre de forme organique d’environ 1 pied de hauteur, plus large à sa base qu’en sa partie supérieure, un peu comme un nez. Sur le dessus a été déposé une casquette américaine « MAKE AMERICA GREAT AGAIN » de fabrication industrielle altérée artisanalement (brûlée puis réécrite à la peinture orange, avec quelques imperfections, présentant le message alternatif suivant : « MAKE PUSSY KING OF THE PIRATES AGAIN« .
Toujours devant le muret et presque au centre de la galerie se trouve un vitrail quasi sphérique accroché à une structure de métal horizontale faite d’une série d’arêtes consécutives carrées d’environ un pouce de diamètre et présentant un pied plat dont une portion se termine en demi-cercle. On dirait une pelle en métal cassée en plusieurs endroits. La face latérale de ces arêtes est peinte d’un vert céladon. Derrière cette sculpture, au sol se trouve une lentille transparente remplie d’eau d’environ 4 pouces.
Le même type de sculpture amalgamée (mais verticale cette fois et avec une face latérale couleur pêche) fait face aux fenêtres de la galerie, qui sont recouvertes d’un tissu diaphane d’une couleur chaude entre pêche et beige.
Un troisième vitrail quasi sphérique a été posé par terre, dans un corridor exigu formé par le muret.
Sur le mur de droite (celui qui présente le titre de l’exposition) et le mur de gauche se trouvent deux hauts-reliefs blancs de forme organique semblant présenter des vagues figées, mais dont la forme générale reste rectangulaire. Celui de droite, vertical, se tient sur deux pattes d’un brun foncé et rappelle le profil d’une femme, tandis que celui de gauche, horizontal, flotte au milieu du mur.
De nombreuses interventions subtiles, parfois miniatures peuvent être trouvées un peu partout dans la galerie, comme une constellation d’éclaboussures d’étain à souder dans les fenêtres, une pièce de verre en équilibre sur le bord des fenêtres, des pattes de crabe séchées contre la patte d’un des hauts-reliefs, une gomme à mâcher rose près d’une pièce de vitrail, etc.

 

Crédit photo : Patrick Simard

 

Frances Adair Mckenzie au travail

 

Frances Adair Mckenzie est une artiste interdisciplinaire basée à Montréal. Sa pratique comprend l’installation vidéo, la performance, la vidéo d’animation, la peinture, des projets en collaboration, et des événements théâtraux immersifs. Elle détient un diplôme en Nouveaux Médias de B.C.I.T. et un B.A. en beaux-arts de l’Université Concordia. Son travail a été présenté au Centre Clark et à la Satosphère de la Société des arts technologiques (SAT). Certaines de ses animations lui ont été commandées par l’Office national du film. En 2016, elle a produit les éléments visuels et les animations pour le livre d’artiste à réalité augmentée, Glossed Over & Tucked Up, publié par Anteism Press.

Site Web de l’artiste.