JUSTINE VALTIER

JUSTINE VALTIER

La Chambre au Carrousel / 2 novembre-14 décembre


La Chambre au carrousel : un passage entre les images?

 

« Il aura fallu du temps, il aura fallu deux semaines pour être exacte, des dizaines de formes, avant de parvenir à rédiger ce court texte sur cette expérience de « La chambre au carrousel ». C’est finalement à la lueur matinale, dans des conversations entre la plateforme et ma chambre (physique et fantasmée), dans la contemplation du lieu, que ce texte  aura trouvé sa forme.

La plateforme, elle a réussi à me pousser dans mes retranchements. Elle a réussi à me faire dire ce que les pages blanches ne parvenaient pas à me faire comprendre.

J’ai toujours aimé les rencontres. Ceci est une rencontre entre deux lieux, celui de la plateforme, et le lieu de la chambre, la mienne. L’expérimentation qu’est « La Chambre au carrousel » est le résultat d’un cheminement qui ne peut se faire seul, qui ne se fait que dans la confrontation, la rencontre. Le texte parle de solitude, il y vrai que l’expérience a été faite seule durant la nuit principalement. Il n’empêche, je n’étais jamais vraiment seule,  je n’étais pas ermite, au contraire, je vivais avec le monde (à l’intérieur du lieu et à la fois à l’extérieur avec cette vitrine sur le monde). Ce ne sont pas des certitudes que j’expose ici, mais des doutes, des questionnements, des images, des rêves et des fantasmes. Ce texte est le témoin d’une expérience, d’une expérimentation, d’un processus de résidence de deux semaines sur la plate-forme au LOBE. » extrait de l’édition La Chambre au carrousel de Justine Valtier.


 

Remémoration

Accumulation de mouvements

D’objets

D’ombres

D’images

 

Les unes après les autres

Les unes en entrainant d’autre par succession

Sans point d’arrivée

 

Considérant l’espace de la chambre comme un espace réservé de nos enfances : se retirer pour dormir, rêver, écrire et jouer, pour jouir ou pour mourir. J’ai souhaité reprendre l’idée de la chambre comme refuge des souvenirs.

Hantée, fascinée par les chambres de mon enfance (littérature, cinéma, plastique), l’installation La chambre au carrousel crée une résonnance entre l’architecture de la plateforme, un espace concret, une forme possible de la chambre et de l’autre un espace de pensée. Un milieu où apparaissent des images, de rêves, de cauchemars, où s’opère un croisement des images, un entrelacement, un frottement des images.

 

Étendre le souvenir de la chambre.

Projeter, agrandir les images comme le fait la lanterne magique.

Une chambre qui parade, qui se représente, qui s’articule avec divers éléments de l’installation, qui circule dans l’espace et qui se rythme par ce carrousel d’images se projetant sur les tissus. L’idée d’une chambre qui exprime une tension, un espace « qui s’étend aux proportions d’un monde où l’être intérieur se reconnait d’être exposé à tout ce qu’il n’est pas ».[1]

Une chambre qui enferme diverses projections de souvenir : à la fois la chambre d’enfant dans laquelle s’ouvre la recherche des ombres projetées qui rappellent les ombres de Golode de Proust dans Du côté de chez Swann[2],  la chambre claire de Barthes[3] qui « abrite une image qu’on ne verra pas ».

 

La chambre comme un lieu de stockage, comme lieu de remémoration?

Pour nous remémorer.

Passées, les images redeviennent présentes. Prend sens, alors, la remarquable distinction entre le souvenir immédiat et le souvenir secondaire, ressouvenir, reproduction. Comme un son d’une cloche, son résonné présent maintenant, mais résonnant dans un présent sans cesse nouveau. L’installation est répétition, remémoration, il y a un « chaque fois » présent. La Chambre au carrousel circule l’image avec la conscience intime du temps.

L’image est et circule pour être image.

 

[1] Raymond Bellour, Entre Image, édition La Différence (nouv.éd.rev et corr), 2002.

[2] Marcel Proust, Du Côté de chez Swann, Gallimard, 1988.

[3] Roland Barthes, La Chambre claire : note sur la photographie, Gallimard, 1980.

 

Vernissage de La Chambre au Caroussel

Crédit photo: Patrick Simard