Thématique : Trop de réalité

No more reality

No more reality, 1991 ; Philippe Parreno ; 58 x 89 cm.

 

TROP DE RÉALITÉ

HUGO NADEAU, commissaire en résidence

Jamais nos moindres insignifiances personnelles, bibelots d’identité et petites joies n’ont connu autant de tribunes et de chances de s’exposer qu’aujourd’hui. Tout le monde est tellement intéressant. Pendant ce temps, jamais l’offre culturelle n’a été aussi hyperactive. Le travail carriériste continue de peser sur l’artiste professionnel.le, résigné aux processus de sélection et de financement. On consent à annoncer – bien en avance – ses intentions, comme on déclare le trajet d’une manifestation ou demande un permis d’alcool. La prévision (et avec elle la prévisibilité) artistiques sont exigées, validées et deviennent contrat. Et dans l’effervescent bouillon de culture qu’on nous médiatise, on jurerait qu’il suffit de ne pas être là pour tout voir, tout comprendre quand même, et même en avance.

En proie à ce trop de réalité qui colonise l’attention, aplanit l’imaginaire et nous conditionne absolument, comment résister à notre transformation en sage vendeur de nous-même, c’est à dire en quelqu’un qui ne fait que son travail? Ne serait-il pas délivrant de se faire dire que nous sommes tous les personnages d’un film?

Cette thématique, qui tient plus d’une attitude que d’une esthétique particulière, laisse entendre un certain nombre de sous-thèmes :

_ L’imaginaire et le rêve
_ Les fantasmes artistiques
_ La liberté, l’autodétermination et la résistance aux normativités
_ L’égotisme et les idées de grandeur
_ L’empire du trop et la complexité
_ La critique du virtuel
_ Les frustrations, contraintes dans l’acte de créer
_ L’autodérision, capacité à se faire plus léger.ère que la réalité
_ Le canular
_ Etc.

Prenant la résidence et l’exposition pour ce qu’elles sont, une invention de l’esprit, un moment qui n’est pas appelé à se reproduire, les artistes choisis sont invité.e.s à jouer de l’art comme d’une force de délibération et de libération de soi. Leurs sont proposé, en début de résidence, une période d’enfermement de 60 heures en galerie avec l’artiste-commissaire. Par la suite, est entendu avec eux qu’aucune information sur leur projet ne sera annoncée jusqu’au moment du vernissage. Ce genre de méthodes alternatives de préparation artistique cherche à reconsidérer l’autonomie créative et stimuler la complicité, le partage, la fomentation et la contamination non hiérarchiques entre artiste et artiste commissaire.


Pour celles ou ceux qui cherchent l’assurance d’une surprise, ne veulent pas rendre de compte, guettent le bon moment, ne refusent pas le vide, cherchent à « sortir d’eux-mêmes », osent la mise en commun, l’anti-professionnalisme ou toutes ces réponses.


Projets de TROP DE RÉALITÉ.

 

//// Libre acteur des arts visuels et numériques, de la performance et de la poésie, Hugo Nadeau a présenté ses projets dans plusieurs endroits au Canada, États-Unis, Brésil, Pologne, Angleterre, Allemagne ainsi qu’en Chine. Il est récipiendaire de bourses et prix locaux, provinciaux et nationaux. Son parcours diversifié et sa vision conceptuelle de l’art l’ont mené à fonder une série de projets perpétuels comme la Conspiration H1N1, Projet Citoyen Modèle, l’Édifice H. Nadeau pour la poésie, la LHN (Ligue Hugo Nadeau) et le C.A.C.H.E. (Centre d’Art Caché d’Hugo pour l’Éternité) dans le but d’atteindre une certaine autonomie médiatique. Il est originaire de Saint-Zacharie en Chaudière-Appalaches et vit à Montréal. http://www.hugonadeau.com \\\\