2011 | 2012

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LONGUE RÉSIDENCE D’ÉTÉ
01_06 > 30_09 > 2011

VINCENT HINSE
PAR STÉPHANE BOULIANE

La longue résidence d’été du Lobe deux mille onze

La longue résidence d’été du Lobe fut occupée par Vincent Hinse en 2011. Pendant trois mois, l’artiste a investi l’espace et le temps du mieux qu’il pouvait. Il y a vécu heureux aux travers de ses idées, ses objets favoris, ses matériaux, ses techniques et, bien sûr, ses défis pour finalement sortir indemne de l’expérience et nous offrir une « architecture-scénographique-installative » s’intitulant Trachéo & autres déboulonnages.

On entre dans la galerie. Le plafond continue au mur. Une perspective est menacée. Une poutre se tient à l’entrée, elle nous accueille et guide notre regard au second plan. Des parties de structures dénudées de plâtre ou de feuilles de gypse. Leur squelette de deux par trois chétifs exposé aux yeux de tous illustre une partie du savoir-faire de l’artiste. Le plafond a été reproduit au pan de mur, l’espace devient graphique.

Déconstruction fictive soignée, l’œuvre s’ingère dans l’architecture de la galerie. L’organisation de l’espace suggère une aseptisation, celle-ci exprime une facette du microcosme de Hinse. Mais tout ne s’arrête pas là. À la manière d’un professeur fou dans son labo, le résident explora différentes avenues et ruelles à la recherche de certains défis techniques. Il en trouva un de taille.

Dans 300 litres d’eau (804 livres) retenus par une membrane, un moule de cadavre translucide baigne dans sa bulle. Grandeur nature, perché au-dessus de nous, dos au plafond, il nous regarde d’un air perplexe. Effet de serre oblige. Veut-il sortir ou y rester? Une vigie indésirable nous épie! Ou est-ce l’artiste qui observe son public? Tergiversations, sans toutefois tomber dans une lourdeur paranoïaque.

L’eau claire s’embrouille au turquoise, des bactéries prolifèrent. Un petit ventilateur tourne pour la refroidir. Le son de son moteur meuble le silence. Sous les néons, la lumière traverse le liquide et on assiste à un effet visuel intéressant. Le reflet du noyé suit le déplacement du spectateur, j’ai bien aimé.

Vincent Hinse est un artiste nouvellement établi à Saguenay. Il a étudié l’ébénisterie à la Maison des métiers d’arts de Québec et est originaire de la Rive-Sud de cette même ville. Dans le passé, il a travaillé avec le collectif Acapulco, où l’une de ses fonctions était d’être un élément perturbateur constructif. Il aime brasser la matière. J’ai remarqué quelques parallèles avec l’artiste Donald Judd, un minimalisme précisément installé dans l’environnement. Hinse bouillonne de beaux problèmes et est heureux de les résoudre avec intelligence. Arrêtez votre marche et prenez le temps de jaser avec lui si vous le croisez, vous passerez un bon moment.


PROGRAMMATION RÉGULIÈRE

30_11 > 22_12 > 2011 / 11_05 > 01_06 > 2012

CARL BOUCHARD, SYLVIE COTTON, MARTIN DUFRASNE
PAR DANIEL JEAN

(ma)thématique | mes thématiques

1- La loi des nombres
J’ai toujours préféré la multiplication à l’addition. Quand trois plus trois font six, trois fois trois donnent neuf. C’est mathématique. C’est (ma)thématique.

2- La formule : 3 X ((2+1) X 2) = 18
Trois artistes, Carl Bouchard, Martin Dufrasne, Sylvie Cotton. Chacun devient le commissaire de l’autre dont il choisit deux oeuvres et à qui il en commande une nouvelle, inspirée des lignes de force de sa production antérieure. Résidence, exposition, catalogue. Centre d’artistes, travail muséal.

3- Le terreau
D’abord, il y a eu l’amitié, la confiance mutuelle et la constance. La reconnaissance et le défi, l’attachement et le respect. L’amour et le talent.

4- Les affinités électives
« Parce que c’était lui, parce que c’était moi », disait Montaigne pour expliquer son coup de foudre pour La Boétie. « Parce que c’était eux, parce que c’était moi », reprend Martin.

5- Les complices
« Je les connais penchés sur leur ouvrage, et c’est presque toujours délicat. Dans une autre vie, peut-être étaient-ils brodeuses ou tisserands. » (Sylvie, au sujet de Carl et Martin). « Sylvie est spirituelle. Elle est sensuelle. Elle touche, elle embrasse. Elle n’évalue ni ne pèse. Elle observe, inventorie, nomme, agit. » (Carl, au sujet de Sylvie).

6- L’effet miroir – La commande
Dessine-moi mon autoportrait. Redis-moi ce que l’on dit de moi.

7- La sincérité
De l’une à soi, de l’un à l’autre, de l’autre aux autres, aucune complaisance. En soi, c’est déjà remarquable.

8- L’alchimie
L’art est-il autre chose qu’un long travail de distillation? « L’art consiste à se laisser raffiner par la vie. » (Carl).

9- La promesse (récit)
Une jeune femme se présente dans un magasin de matériel d’artistes. – Vous vendez du papier? – Pour faire quoi? – Une œuvre!

10- Le souffle de vie. L’éternité
Mon urne funéraire sera transparente. Mes cendres la rendront opaque. La mort peut attendre, même si ses valises sont déjà faites.

11- La présence
Des bouts de ficelle cueillis sur le chemin entre l’hôtel et l’université. Les vieilles mains d’une jeune fille. Un visage.

12- La beauté
« La beauté n’est pas comme un superlatif de ce que nous imaginons, comme un type abstrait que nous avons sous les yeux, mais au contraire un type nouveau, impossible à imaginer, que la réalité nous présente. » (Marcel Proust, Contre Sainte-Beuve, cité par Roland Barthes, Journal de deuil).

13- Le corps
Étendu, allégé, écorché, lavé, illuminé. Nu. « Puis, immobile, elle repose allongée. En silence, comme une offrande. » (Martin, au sujet de Mon corps, mon atelier, de Sylvie).

14- Les mots disparus
« Les mots sont forts et dangereux », écrit Sylvie, mais est-ce une raison pour les sacrifier à ce point? Martin les emmure, les javellise, les traduit en ondes visuelles, les distille. Sylvie les transforme en graffitis. Les mots disparus se réincarnent-ils? Nostalgie. Au final, les mots me manquent.

15- Les mots qui restent
Quelques mots survivent. Carl nous montre la vérité, de celle qui fait mal. Martin nous rappelle qu’un mot contient toujours la promesse de dizaines d’autres. Dans l’attraction, on trouve l’art et l’action, un canari, un taon et un raton. Sylvie sème de petites phrases.

16- Le mot juste
« Une beauté et une sagesse se dégagent de la simplicité du mot juste. » (Sylvie). En voici donc 18 : extase, élévation, étreinte, abandon, vulnérabilité, courage, méditation, peur, ravissement, pardon, mensonge, douleur, purification, éveil, révélation, labeur, transformation, élégance.

17- Les traces
Si vous n’avez pas vu l’exposition, lisez-la. Les textes qui l’accompagnent sont à l’image du projet, amples et généreux. Et si bien écrits qu’ils provoquent la jalousie. Lisez aussi Sapience, bouquet de citations glanées par Sylvie tout au long de ses études en histoire de l’art et en muséologie.

18- Le début et la fin
« Comme un triangle isocèle qui se transformerait en pyramide. » (Propos tenus lors du vernissage). « Parce que c’était eux…»

ACTIVITÉ BÉNÉFICE

14_01 > 16_02 > 2012

FEUILLES MOBILES II
PAR CINDY DUMAIS

Éco-poésie d’un événement bénéfice

DONNER : faire avoir à quelqu’un quelque chose en ne recevant rien en retour.
Il y a plusieurs façons d’être membre actif au sein d’un centre d’artistes. Les besoins sont multiples. Le plus souvent, c’est le manque de ressources financières qui est impératif. Certains artistes choisissent de soutenir l’organisme par adhésion au membership, montant forfaitaire plutôt maigre, qui rapidement, au fil des années, démontre son insuffisance. D’autres opteront pour l’initiative personnelle, en s’impliquant bénévolement au sein de l’OSBL. Il faut des têtes pensantes pour innover dans la façon d’obtenir du capital. Le Lobe a initié, en 2011, une façon toute particulière d’amasser des sous, en trouvant la richesse au sein de sa généreuse communauté. Les instigateurs ont demandé aux artistes de faire don de leur travail au profit de l’organisme. Les soumettant au matériau commun qu’est la feuille mobile, on sollicitait l’ingéniosité des artistes afin de transformer cette matière pauvre, la sacralisant œuvre d’art.

SE DONNER : faire le don de soi-même, s’investir complètement. Se donner tout entier à une cause.
Pour une deuxième édition, l’organisme, avec son événement bénéfice Feuilles Mobiles, récidive et reçoit le don de 63 artistes. Comment réinventer cette démarche? À la première édition, on constate que le DONNEUR devenait aussi POSSESSEUR; les œuvres circulaient, d’artistes à artistes, à l’intérieur d’un même réseau. Comment aller au dehors du réseau ?

SE DONNER : en spectacle.
Le Lobe prend le risque en 2012 de faire un événement en deux temps. Premier temps : exposition au Lobe. Deuxième temps : soirée de vente à la Pulperie de Chicoutimi. Deux formules, deux publics. On fait la prévente de 32 billets auprès du privé, au coût de 200$, où, par le biais du hasard, on détermine l’ordre de priorité sur l’achat. On parle de consolidation du financement et de sensibilisation aux pratiques actuelles de l’art. Et on sort au dehors du réseau.

 

 

 

 

 

 

 

LE DON : est-ce bien une œuvre ou une feuille de notes?
En conclusion, à partir d’une centaine de feuilles produites, on peut relever cinq approches différentes. En majorité, la feuille a été utilisée comme simple support papier. D’autres artistes ont travaillé à partir de la morphologie de la feuille mobile. Quelques-uns en ont fait usage comme esquisse d’un projet futur. Certains ont révélé sa fonction première de feuille de notes, parsemée d’écriture, poésies et schémas. Quelques autres participants ont détourné la feuille mobile, en défiant sa matérialité, sa planéité.

POSSÉDER : on achète une vision? Est-ce nécessaire de posséder pour être voyant?
« L’art est une tare innée au sein de la superstructure sociale» nous dit Hans Haacke, dans Le rôle de l’artiste dans la société actuelle (1973) (réap)paru tout récemment dans le recueil politique Le Merle . Haacke, en référence au classique L’œuvre d’art à l’époque de sa reproductibilité technique (1935) de Walter Benjamin, réagit : « On nous dit que la production de masse et les reproductions d’œuvres démocratisent le processus artistique […] Bien que la démocratisation des moyens de production ait ébranlé l’illusion de l’objet d’art unique, ce phénomène est dû à l’influence du marché plutôt qu’à un souci d’égalitarisme». Haacke poursuit en stipulant qu’il est inutile de posséder une œuvre pour en être habité. Pourvu qu’il y ait un public pour le recevoir. Et ce public s’avère souvent, au dedans du réseau.

DONNER – SE DONNER – SE DÉPOSSÉDER : est-ce nécessaire de vendre pour donner à voir?
Hans Haacke souligne qu’il y avait, à l’époque (1970), un fossé idéologique entre l’artiste critique de l’institution et l’artiste institutionnel. Selon lui, «les problèmes de base chez tous les producteurs culturels ne sont pas suffisamment rassembleurs pour combler les fossés idéologiques». Le problème perçu à l’époque est-il toujours d’actualité? Les centres d’artistes autogérés ont-ils contribué à réduire cet écart idéologique?

Lorsque le centre d’artistes requestionne ses moyens et ses fins et envisage l’activité commerciale (même si c’est dans le cadre d’une campagne de financement), cela ne révèle-t-il pas aussi un désir de l’artiste, celui de voir son travail vendu? N’est-ce pas une façon d’aller au dehors du réseau ? Cela concourt-il à l’apparition d’une position nouvelle, remplaçant l’écart entre les deux positions idéologiques mutuellement exclusives qu’interroge Hans Haacke dans son texte? Cette attitude est peut-être celle de l’artiste stratégique. Elle est palpable, du moins, chez certains artistes émergents. L’artiste stratégique entre volontairement dans la logique marchande, peut-être pour financer des projets plus expérimentaux. L’artiste stratégique sait dorénavant, tel que l’a souligné Hans Haacke, que « l’art avant-gardiste ne diffère pas des autres formes d’art à cet égard – il fait partie intégrante de la superstructure sociale, même s’il n’est pas forcément accepté par les masses à un certain moment de l’histoire. Il en va de même pour les institutions et les individus qui en font la promotion». La posture de l’artiste, est-elle issue d’un choix personnel, ou dans une certaine mesure, conditionnée par la recommandation gouvernementale à diversifier les sources de revenus ou encore est-elle symptôme de la multiplication des références, qui rend tiède l’opinion radicale? Entrons-nous dans une ère de dépossession de nos convictions?

PROGRAMMATION RÉGULIÈRE

14_02 > 07_04 > 2012

LAETITIA GENDRE
PAR MARIELLE COUTURE

Filtre en noir et blanc

Dans la salle épurée, les œuvres éclairées par de froids néons rappellent des affiches de films cultes en noir et blanc, allusions à peine retenues aux légendaires séries B et sciences-fictions. Présentation linéaire, organisée et systémique. En parallèle, le pétillant regard de l’artiste ne ment pas : un brin de malice qui pose un regard tout sauf contemplatif ou complaisant sur de petites histoires recueillies ici et là, avant de poser le pied en sol québécois.

Au coeur de cette bichromie contrastée, des récits colorés extirpés de leur folklore et présentés de manière populaire, projetés telle une allégorie qui tient du récit filmique dans une réelle narrativité intemporelle, qui tient du rêve. Certes, on y retrouve une part de l’identité saguenéenne. Mais ici et là, une touche d’imaginaire, d’insaisissable et de ludique dans le regard de celle qui pose les yeux sur nos petites histoires. Des événements recréés hors contexte, mis ensemble comme un patchwork tissé de paysages et lézardé de cicatrices que raconte l’Histoire. Ils forment un tout qui incite à voir plus loin, qui invite à se questionner sur l’essence primitive du jugement subjectif tirant son essence d’un imaginaire collectif incertain.

À priori, rien de politique. Et pourtant… ces bobines de papier vierge, enroulées, déroulées, qui s’entassent comme des squelettes au placard. Qui rappellent, par leur forme, le film d’où nous sortons. De la boue, des moteurs, du bois, un déluge. Une évocation du talent qui transpire ici, de la force créatrice qui transparaît dans le contact humain. Des rumeurs et des soupçons, ce qu’on entend, ce qu’on invente. Une imagerie qui cherche à comprendre, sans lourdeur, et qui propose une mutation vers un registre où transparaît une interprétation de ce qui s’offre au regard, exposant la mince ligne entre ce qui est et ce qui s’invente, ce qui a été et ce qui pourrait, ou aurait pu être. Réalité et fiction s’entremêlent pour former une vérité qui n’en est pas une, proposant une piste vers un imaginaire chimérique.

Quelques mots ici et là, de petites histoires inventées, qui en disent long sur l’aveuglement collectif et volontaire. Qui mettent de l’avant cette incapacité de se voir tels que nous sommes. Une touche d’absurde dans ce qui pourrait ressembler à notre monde, au-delà de notre monde. Langage publicitaire désormais universel, format standard proposant une lecture instantanée pour ce qui attire l’œil, imprégnation consciente d’une proposition nouvelle, d’une fiction qui s’apprête à saisir instantanément l’émotion et à s’en gargariser. Avant de la recracher devant nos yeux ébahis, à la fois enchantés devant cette évasion de la réalité et sceptiques devant sa probabilité.

Au-delà du noir et du blanc, des couleurs que l’on peut s’imaginer simplement, comme devant un écran, où tout n’est que suggestion et fabulation. Mais c’est alors que nous nous pensons libres de regard et d’opinion, qu’une piste hors du commun nous attire irrémédiablement vers un autre point de vue, un autre point de fuite, une autre manière d’aborder le verbe voir.

 

 

 

 

 

 

 

 

ESPACE PLATE-FORME
16_08 > 10_12 > 2011

JESSY BILODEAU
PAR MAX-ANTOINE GUÉRIN

Diffusion

Texture énigmatique, signification en dentelle, sculpture de lumière, d’air et de papier, l’installation de Jessy Bilodeau, intitulée Diffusion, résonnait dans l’Espace PLATE-FORME d’une façon bien singulière. Bien que sa création in situ n’occupait que très peu de volume dans l’espace, elle avait une réelle portée architecturale.

À la base, le projet est né d’une ambition plus formelle, d’une exploration des propriétés naturelles des matériaux et de leurs possibles assouplissements. Exploitant la luminosité extérieure, l’artiste a su créer, par un assemblage inusité, un immense «vitrail» qui bloquait toute la fenestration.

Originale dans son fonctionnement, l’œuvre filtrait la lumière de manière différenciée, à l’instar de tous les vitraux. Étant composée de différentes matières, de papiers plus ou moins transparents, altérés ou teints, la lumière qui jouait dans cette membrane en devenait presque fauve.

L’éclairage donnait de plus un relief particulier aux motifs qui recouvraient certaines zones de l’installation, motifs inspirés des galons que portent les militaires à leurs épaulettes. S’adaptant à la grande baie vitrée de l’Espace PLATE-FORME, l’artiste a fait préformer la lumière.

Utilisant d’ordinaire la peinture, l’estampe et la sérigraphie comme médiums, Jessy Bilodeau s’est arrêté un instant pour questionner la picturalité dans une forme beaucoup plus minimale, avec une démarche s’appuyant sur de plus simples altérations, à la limite du perceptible.

 

 

 

 

 

 

ESPACE PLATE-FORME
05_01 > 13_04 > 2012

ELAINE JUTEAU
PAR MAX-ANTOINE GUÉRIN

Jardin zen nord-américain

Espace poétique campé entre scénographie et in situ, la présentation d’Élaine Juteau, dont le vernissage-performance s’est déroulé le soir de la 1 000 049e Fête de l’art, pouvait ressembler à une chorégraphie de gestes déconnectés, assemblés le temps d’une étrange mélodie.

Mais l’ensemble, hiéroglyphique au départ, laissait place à une exploration sensible des thèmes du rapport à l’autre, à l’espace et à l’identité. L’artiste, qui est issue du théâtre mais qui incorpore à sa pratique les arts visuels et sonores, s’est, ce soir-là, approprié l’espace avec son installation mais aussi (et surtout) avec des actions performatives.

Le décor sonore réunissait quatre corps agissant sans sourciller, l’un violentant les cordes d’une guitare, l’autre sciant une planche, un troisième buvant de l’eau et un dernier emplissant ses habits de neige avec une pelle.

Dans l’espace de son installation, la frontière entre intérieur et extérieur, déjà mince en raison de l’emplacement de l’Espace PLATE-FORME, est devenue plus floue encore. À l’aide de papier peint et de 75 pieds carrés de gazon séparés de l’hiver qui faisait rage dehors par une baie vitrée, le public était dans un espace transitoire, en équilibre entre deux cultures, deux perspectives et deux saisons.

Après la performance est restée une série d’objets. D’abord un contenant d’eau et sa pompe. Puis une petite pelle et un habit de neige, une guitare aux cordes rompues, une chaise et un morceau de bois sciés, disposés sur un rectangle de gazon, laissé à lui même. Afin de reconstituer l’expérience originale, un socle jouant en boucle la demi-heure de performance était installé aux abords des escaliers qui font face à la PLATE-FORME.

Cette expérimentation commune a aussi mené à la création d’un collectif avec les autres participants de cette présentation, Andrée-Anne Giguère, Pierre Tremblay-Thériault et Yves Whissell, ce qui était aussi l’un des objectifs de l’artiste, celle-ci impliquant souvent d’autres personnes dans son travail d’expérimentation sonore et visuelle.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

ESPACE PLATE-FORME
20_04 > 10_08 > 2012

MARTIN LAVERTU
PAR MAX-ANTOINE GUÉRIN

Chaise#

Ce qui était tout d’abord frappant dans l’installation CHAISE#, une évolution du projet Chaise++, présenté dans le cadre de l’exposition du Festival des finissants en arts, c’est le fait que l’œuvre se prêtait bien à la bi-facialité de l’Espace PLATE-FORME.

De l’intérieur, on pouvait voir cette chaise, blanche et lisse, presque vierge de connotations sinon celle d’être en quelque sorte le « degré zéro » de la chaise, et par extension de la quotidienneté même. Elle était suspendue simplement, à quelques centimètres du sol, par une torsade de fils rouges. De l’extérieur, on percevait l’effet tourbillonnaire et coloré de ceux-ci, éclairés d’une manière à les rendre encore plus irréels.

Détenteur d’un diplôme professionnel de photographie, récipiendaire du prix accordé par le Lobe dans le cadre du Festival des finissants 2012 du Baccalauréat Interdisciplinaire en Arts de l’Université du Québec à Chicoutimi, Martin Lavertu a vu la qualité de son travail et ses efforts soutenus soulignés par une invitation à occuper l’Espace PLATE-FORME.

Ce qu’il cherche à faire dans son travail depuis quelques années, en installant ses images dans l’espace, c’est de provoquer une réflexion sur les systèmes de représentations et les comportements qu’ils sous-tendent. Questionnant aussi la notion de système comme source de contrôle, il trouve le moyen de court-circuiter les évidences et l’apparente banalité des objets et des gestes du quotidien.

En jouant du défigement, par l’hybridation sémantique d’objets et de matériaux se recomposant en machines, il se plaît à interroger notre rapport aux choses, nous les rendant étrangères, faisant ressortir une autre nature par l’assemblage et la décontextualisation. Pour cette œuvre il a procédé comme à son habitude, réussissant à isoler cette chaise de bois jusqu’à en faire une matière plastique.

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